La Cistude d'Europe

Un projet soutenu par la Fondation Nature & DécouvertesFondation Nature & Découvertes

Le site d'étude


Le marais de l’Ilon est un site exceptionnel qui renferme bien des richesses. Depuis 2000, A Rocha étudie sa faune et sa flore grâce à une convention signée avec le propriétaire des lieux. Nous avons ainsi pu y découvrir une population de tortues cistudes, la tortue d’eau douce autochtone la plus répandue en France. 

La vallée des Baux, située entre Crau, Alpilles et Camargue, abrite différentes zones humides connectées entre elles par de nombreux canaux de drainages. Drainée et asséchée pour l’agriculture intensive sur plus de 90% de sa superficie depuis le milieu du 20ème siècle, ce territoire abrite encore des zones humides relictuelles d’importance patrimoniale remarquable (Voir aussi notre page cadre d'études) et notamment une importante population de Cistude d’Europe, en particulier au marais de l’Ilon, le plus important des marais relictuels de la vallée des Baux. Situé au Nord-Est de la Camargue et en contact par différents canaux avec les zones humides du plan du Bourg et de l’Ouest de la Crau, cette population n’a fait l’objet d’aucune étude et son statut de conservation ainsi que son isolement vis-à-vis des populations avoisinantes sont totalement inconnus.

Marais Ilon

La Cistude, et enjeu de conservation


C’est une espèce menacée, classée vulnérable sur la liste rouge UICN. Aujourd’hui, seuls quatre noyaux importants de populations subsistent en France : en Isère, en Aquitaine – Poitou Charente, en Brenne et autour de la Camargue.

Cette petite tortue, les plus grosses femelles n’excèdent que rarement 20cm, affectionne les marais à végétation dense et les canaux. Elle recherche activement les branches mortes, les touffes de végétation ou les bords de digues bien orientés pour s’exposer et se chauffer au soleil dès le mois de mars. C’est une carnivore opportuniste qui peut tout autant chasser de petites proies que se comporter comme un éboueur des marais en consommant les cadavres. Elle peut vivre plus de 40 ans dans la nature, et bien plus en captivité. Entre mai et juillet, les femelles cherchent une prairie ensoleillée pour pondre lors d’une sortie nocturne. Contrairement aux femelles, il n’est pas rare que les mâles se déplacent sur plus d’un kilomètre, participant ainsi à la dispersion et au brassage génétique des populations.

Les cistudes du marais de l’Ilon sont encore très méconnues. En 2003 et 2010, nous avons étudié leur répartition sur le marais à partir de comptages visuels. Nous avons aussi découvert un site de ponte important où plus d’une centaine de pontes sont prédatées chaque année par les renards, fouines et autres blaireaux. Hélas, une grande population de tortues de Floride, envahissantes et issues des tortues d’aquarium relâchées dans la nature par leur propriétaire, est aujourd’hui présente sur le site. Ces observations nous ont conduits à supposer la présence d’une population de cistudes importante mais menacée, qui nécessite une gestion spécifique sur le marais de l’Ilon, ce qui nous a menés à la considérer comme un enjeu fort de conservation dans le récent plan de gestion du site.

Pour nous aider à mener à bien le suivi de cette espèce, nous avons fait appel à la Fondation Nature & Découvertes qui a retenu notre projet.

Mesures Cistude Ilon

Suivi en 2011 - soutenu par la Fondation Natures & Découvertes

Fondation Nature & Découvertes

Cette année, nous allons chercher à mieux connaître ce sympathique reptile grâce à un suivi spécifique qui utilise la méthodologie dite de Capture-Marquage-Recapture (CMR). Ceci consiste à capturer les cistudes grâce à des nasses, puis à les marquer grâce à une série d’encoches sur le bord de leur carapace, technique indolore qui nous permettra de leur attribuer un numéro unique par individu. Chaque tortue sera également pesée et mesurée. Des sessions de capture seront réalisées régulièrement au cours du printemps et du début de l’été sur l’ensemble du site. Strictement encadré par le ministère de l’environnement, ces suivis permettent de connaître la taille de la population ainsi que les classes d’âges et la proportion de mâles et des femelles. Des études similaires pourront être organisées les années suivantes afin de suivre les individus marqués et obtenir des informations sur leur survie et leurs déplacements.

Parallèlement, nous pourrons aussi étudier ses interactions avec la tortue de Floride, potentiellement concurrente et donc nuisible pour la cistude. Ces données nous aideront à déterminer l’état de conservation de la cistude sur le marais de l’Ilon et ainsi à pouvoir mettre en place les actions de gestion qui lui sont favorables. Deux stagiaires et une volontaire européenne nous aideront à mener à bien cette étude cette année, avec l’aide et les conseils de nombreux partenaires (la Tour du Valat, le Conservatoire des espaces Naturels du Languedoc-Roussillon, les Amis du Marais du Vigueirat, le Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Évolutive de Montpellier).

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